LE BARON D'ESTARDY ET LA FORMULE SECRETE

C’est avec émotion que nous
nous trouvons devant la façade du mythique studio CBE, immortalisé
sur la pochette de La Formule Du Baron. Des années à
passer devant, sans savoir qu’à l’intérieur,
« le Baron d’Estardy » enregistrait, créait
et produisait pour le who’s who de la variété
française. La liste est longue : Gérard Manset, Johnny
Halliday, Francoise Hardy, Michel Sardou, Claude Francois, et j’en
passe, ont tous eu recours aux talents d’ingénieur
du son de Bernard Estardy. Mais à French Attack c’est
une autre facette de son talent qui nous intéresse. Tour
à tour organiste pour Nino Ferrer sur le mythique Metronomie
et sur « Le Sud », pilier du label culte d’illustration
sonores Telemusic, créateur de La Formule Du Baron, hallucinant
concept-album qui foisonne d’idées et de grooves, imaginé
dans l’antre de ce chimiste du son… Bernard Estardy
est tout ça à la fois et a su créer un monde
bien à lui.
Quand nous pénétrons dans
le studio, quasiment rien n’a changé ,à part
peut être la présence des nymphettes dénudées
qui font le charme de la pochette originale ! Même disposition
des lieux, boiseries patinées et canapés confortables,
quelques machines en plus (séquenceur et samplers ont fait
leur apparition, remplaçant les fioles et autres élixirs)…
et Monsieur Estardy, colosse confortablement installé dans
son fauteuil et toujours au travail : « Je viens de repenser
note pour note à un truc que je voulais écrire dans
le temps, je suis en train de le faire, ca va être ragga !
». Le Baron ne dort jamais. Magnétophone sur play :
Déjà la question primordiale
: êtes vous vraiment baron ?
C’est pour rigoler. Mais à force de le dire j’ai
fini par y croire (rire). Et on a fini par m’appeler le baron.
Mais je vais vous dire d’où ça vient : Je faisais
des courses de bateaux quand j’avais 14 ans, sur un lac dans
les Alpes de Hautes Provence. Y avait un vieux con qui débitait
des inepties pour agrémenter la sauce, et il disait «
vous voyez là haut y a le château de Méouilles,
et là bas les grottes de Mécailles… »
et il parlait des anciens barons du château de Méouilles
qui étaient très méchants… du coup je
suis allé voir dans des vieux papiers et j’ai découvert
que le baron avait le droit d’entrer à l’église
à cheval. Moralité je me suis proclamé baron…
et je suis entré dans l’église à cheval.
Bon parce que sur le site de Dare-Dare (le
label français qui a réédité La Formule
Du Baron), ils ont réécrit le texte du disque où
il est bien spécifié que vous êtes un authentique
baron
Non mais c’est juste une pochette, ils ont réécrit
le texte qu’il y avait dessus. De toute façon je les
ai quasiment pas vus.
Ils ont dealés directement avec la
maison de disques pour la réédition ?
Même pas. Je leur ai donné la bande qui existe toujours,
elle est là dans le studio - il se met à la chercher
mais malheureusement pour nous, ne la retrouve pas - et puis on
a écrit à Sony CBS (le label du disque original, pour
l’autorisation) mais ils ne nous ont jamais répondu.
Vous avez été rémunéré
?
Pas du tout. Je l’ai fait pour le plaisir et je toucherai
les droits d’auteurs si ventes il y a. C’est rigolo,
je trouve formidable qu’il y ait quelques milliers de gens
sur la planète qui s’intéressent à ça.
Comment avez-vous commencé la musique
?
J’ai commencé la musique à l’âge
de 13 ans. Ma mère était chanteuse lyrique et m’a
donné des bases de piano très classique. J’ai
appris deux morceaux de Chopin par cœur, pour le reste j‘ai
vite abandonné. A 14 ans il y avait des gens qui se réunissaient
dans mon salon, chez mes parents qui étaient assez fortunés.
On se réunissaient tous les dimanches pour faire un soi disant
jazz. Là il y avait Pierre Alain Dahan (célèbre
batteur de l’époque, notamment sur les labels d’illustrations
sonores IM et Telemusic), Henry Texier (Contrebassiste, renommé
dans les milieux rare groove pour son superbe album jazz scat Varech),
Jean Luc Ponty, qui ne faisait pas encore du violon et était
un formidable saxophoniste ténor, et l’organiste Eddie
Louis. Moi je jouais du piano comme un cochon. Mais tous le monde
avait envie de jouer, et j’ai appris par ces gens là.
J’étais complètement autodidacte, on jouait
dans les clubs, où on était souvent pas payés.
Comment a commencé votre carrière
pro ?
J’ai rencontré Nino Ferrer au Lycée. On a fini
par accompagné Nancy Sinatra. Et après ça a
continué, même si je jouais toujours comme un cochon.
Vers 18 ans j’ai joué avec Bill Coleman.
Vous ne pouvez pas accompagner Bill Coleman
et jouer comme un cochon.
Je ne jouais pas bien mais ça swinguait, je connaissais les
harmonies. J’ai tourné un ou deux ans avec lui. J’ai
appris tous le répertoire de jazz mais je jouais toujours
comme un cochon…même maintenant (rires) mais la différence
c’est que maintenant je corrige. C’est prétentieux
ce que je vais dire…Le plus grand pianiste du monde s’appelle
Arthur Bernstein, il a déclaré dans les interviews
qu’il n’avait jamais su jouer du piano, il apprenait
devant le public. Il a dit que ce n’était qu’à
la fin de sa vie qu’il jouait bien. Je pense que dans un an
ou deux je vais commencer à bien jouer.
Mais comment en êtes vous venu à
être l’ingénieur du son des plus grandes stars
françaises ?
C’est très simple. J’ai fabriqué ce studio
(le studio CBE), qui n’en était pas vraiment un d’ailleurs,
pour créer mes propres chansons avec mon associé à
l’époque, Georges Chatelain. Il a monté ça
avec 60 000 francs et moi j’avais rien du tout, je l’ai
remboursé par la suite en travaillant au studio. Et c’était
tellement pourri et pas comme les autres qu’on a eu quelques
clients au début, comme Gérard Manset (Le mythique
Animal On Est Mal…) avec la folie que ça comportait
déjà. Moi à ce moment là je prenais
pas le son. J’ai construit les murs, j’ai fait les démarches
administratives… Et il se trouve que j’ai trouvé
un ingénieur du son en Suisse, Gunther Loof, qui était
un véritable génie de la construction de studio. On
a construit notre première console à lampe dans la
cave… Et ensuite on a fait nos premiers enregistrements, notamment
Johnny Hallyday, qui a enregistré ici « Que Je T’aime
», mais c’était vraiment rudimentaire.
Donc vous avez commencé à
être ingénieur du son seulement quand vous avez construit
votre propre studio ?
Non, non. Déjà à 14 ans je construisais mes
propres magnétophones 9.5, qui fonctionnent toujours maintenant.
Je faisais des reports de l’un à l’autre avec
plein de voix… genre Beatles, je superposais les voix. J’avais
déjà envie de multiplier les pistes. Je le faisais
pas en vertical mais en horizontal. J’ai toujours eu envie
de faire ça. Et comme ça a marché tout de suite
j’ai laissé tomber ma future carrière d’ingénieur
de travaux publics.

Vous aviez de solides amitié dans
ce milieu, quels étaient les musiciens avec qui vous travailliez
régulièrement ?
J’ai fais 99% de mes séances avec Jean Claude Petit,
pour qui j’ai une admiration totale. C’est là
que j’ai tous appris : transformer la merde en or.
André Ceccarelli ?
Je le connais très bien. Mais je n’aimais pas trop
l’avoir en session. Son jeu est comment dire… trop complet.
C’est un batteur de jazz et les gens voulaient des trucs aérés,
genre poum tchac simple. Lui c’était toujours «
rempli ». Attention je parle en terme de travail de studio.
Revenons s’il vous plait sur Nino
ferrer, l’un de nos albums préférés étant
Métronomie
Aaaah formidable ça ! Sublime cet album. Comme je l’ai
dit je l’ai connu au lycée, il était encore
archéologue. Il jouait formidablement bien de la basse, et
on s’est retrouvés tous les deux chez Nancy Sinatra,
lui à la basse et moi au piano. Et là il me dit qu’il
a un projet de disque et on enregistre sur un quatre pistes. Là
dessus il signe chez Barclay. On a fait une tournée en France,
ça a commencé à bien marcher. C’est là
qu’il a écrit « Mirza », qui est une reprise
éhontée d’un standard de l’époque.
Sur ce disque je fais un super solo d’orgue, un peu sans le
faire exprès, je serais incapable de vous le rejouer. Ecoutez
bien sur le couplet d’après : je suis tellement content
qu’à un moment j’aboie ! C’est un truc
de secoué. Vous faites ça maintenant vous vous faites
virer.
C’est la même chose sur «
La Gigouille », dans La Formule Du Baron ? Un moment dans
la rythmique il y a comme un cri, un râle.
Oui c’est moi ça. J’étais tout seul. C’est
ma secrétaire qui a fais les chœurs sur le dernier morceau
! Mais ça partait vraiment de la tripe, si on réécoute
bien dans le détail, c’est pas sérieux. Mais
à la limite ça donne du bonheur, beaucoup plus que
les trucs épurés et sophistiqués qui se font
maintenant. Quand je réécoute les cuivres de Pierre
Dutour ça sonne toujours bien même maintenant –
Fisherman Price et Bernard Estardy se mettent à imiter ensemble
les cuivres de l’album, pour leur plus grande joie –
je pousse des yeeaaahhh dans le disque, je braille au piano.
Oui c’est justement çà
qui fait le charme, ce côté bancal…
Bancal exactement. Mais j’avais déjà le métier
du studio qui permettait de rattraper pas mal le coup. Parce que
j’en ai entendu des gens qui jouaient mal… Pour en revenir
à Nino ferrer il faut dire que c’était un caractériel.
Paix à son âme mais c’était un mec impossible,
j’ai pratiquement fait « Le Sud » malgré
lui. Pour enregistrer « La Maison Près De La Fontaine
», il s’était mis tout seul dans un coin, on
s’était engueulés juste avant. J’étais
à l’orgue et lui à l’autre bout du studio
et on voulait surtout pas s’entendre ! Si vous écoutez
bien sa voix on sent la tension et la haine entre nous (rires).
Mais c’est ça qui donne cette émulation entre
nous. Je connais pas un tube où tout c’est bien passé,
y a toujours un problème technique, un mec qui joue mal,
c’est là qu’on rattrape, comme les Beatles. C’est
ces accidents qui font les tubes. Et ça on ose plus faire
maintenant. Regardez « Chimène » de René
Joly. Quand on a réécouté la bande avec Gerard
Manset on s’est dit y a pas de fond la dedans, c’est
nul. Alors on a tout phasé, on a inventé le phasing
avec deux magnétos.
Pour les incultes comme moi, ça se
fait comment un phasing (le phasing est cet impression d’écho
et de réverbération sur la batterie, très en
vogue dans les années 70)?
Et bien vous faites un mixage que vous envoyez sur deux magnétos,
et avec un crayon vous appuyez sur la bande, ce qui fait changer
et décaler la phase, vous additionnez les deux, ça
crée cet effet sonore, on l’a inventé ça
n’existait pas avant. Fallait suivre à la main c’était
manuel.
Il y a également Pierre Dutour dans
Métronomie, à qui vous rendez hommage dans l’un
des morceaux de votre album (« Monsieur Dutour ») ?
Oui alors lui je préfère pas en parler. C’était
un de mes meilleurs amis, je le faisait jouer dans quasiment tous
mes enregistrements. Et puis un jour il a joué de la trompette
dans ce qui est devenu un tube (« Mademoiselle Chante Le Blues
» de Patricia Kass, un tube de variété française
des années 80/90) et m’a fait un procès à
moi et la maison de disque pour réclamer des droits d’auteurs.
Il n’avait jamais rien déclaré et là
engage une procédure le jour où ça a marché
! Il a gagné et m’a fait perdre 200 000 francs. Alors
qu’on ne me parle pas de Pierre Dutour. Mais vous pouvez en
parler ! C’est ce que je déteste maintenant dans ce
métier, le côté mercantile. On peut plus faire
un truc gratuitement
Y avait il des artistes qui vous inspiraient
à cette époque, ou votre formule secrète ne
devait rien à personne ?
La formule du Baron c’était un compromis entre toutes
les rythmiques que j’avais envie d’entendre, qui étaient
toujours dans les faces B ou planquées dans les albums. Le
seul avec le recul qui m’a inspiré c’est Mort
Schuman. Au niveau mélodique… tout ce coté folklore
juif, ça m’a beaucoup apporté. Mais il faut
bien comprendre que cet album – La Formule Du Baron- c’était
pour rigoler, pour passer le temps à l’heure du déjeuner.
Dès que j’avais une idée je faisais. Bon y a
quand même les arrangements, Hervé Roy à la
guitare… mais c’est pas ce qui me plait le plus.
Ce qui est étonnant c’est que
vous n’ayez jamais fais de BO
Non, c’était mon rêve mais je n’ai jamais
eu l’occasion. Jean Claude Petit l’a fait parce qu’à
une époque le métier ne voulait plus de lui, pour
différentes raisons. Il s’est recyclé la dedans.
Il faut aussi un bon carnet d’adresses pour débarquer
dans ce milieu là. Moi il aurait fallut que j’arrête
complètement ce que je fais actuellement. Et puis moi je
ne suis pas vraiment musicien, il faut savoir écrire. Enfin
il faut un grand studio pour faire de la BO, ici c’est bien
mais pour la chanson. Si tu fais du synthétique pour les
cordes de musiques de film ça sonne toc, ça fait musique
de téléfilm bon marché, surtout sur du dolby
stéréo. Il faut des vraies cordes.

Parlez nous de votre utilisation de l’électronique,
de votre studio CBE, novateur à l’époque ?
J’ai toujours utilisé l’électronique.
Quand les synthés sont arrivés j’ai acheté
ce machin (il désigne un clavier). Un Korg 3003, qui n’a
pas de mémoire, qui est un formidable clavier. Donc j’utilisais
çà, quelques machines très simples, et j’ai
fonctionné comme çà pendant quinze ans. Le
seul écart c’est pour La Formule Du Baron où
j’ai fait faire les arrangements par quelqu'un d’autre.
Ce sont des vraies cordes. Mais sinon tout vient de la dedans, la
basse, les cordes… J’utilisais pas de sampler, j’arrivais
à reproduire le violoncelle. C’est normal, j’avais
les mecs qui venaient jouer tous les jours dans le studio. Je savais
comment sonnait un violoncelle, comment sonnait un groupe de cordes.
Cà me permettait de synthétiser ces choses là
plus ou moins bien, mais c’était souvent réussi.
Quand les gars venaient enregistrer j’ajoutais toujours ma
patte. Claude François voulait toujours de l’orgue
et des maracas. C’était son truc. Je garde pour lui
une amitié profonde, l’un des seuls. C’était
le seul avec Dalida, et Julien Clerc une fois, à n’avoir
besoin que d’une prise.. Mais même dans ces cas là
j’ai toujours besoin de plusieurs prises. J’ai toujours
été terroriste sur les voix. Les voix c’est
un peu ma spécialité. Quand je réécoute
mes trucs à la radio je me dis que je ne me suis pas trompé.
J’ai fait un disque ici avec Lee Hazelwood, l’album
de Nancy Sinatra. Il m’a dit qu’il y avait un Melotron
multi-bandes à Los Angeles, dans un studio qui s’appelle
Sound Recorder A-Tracks, au pied de la tour Capitol, qu’il
fallait que je vois ça et que je m’en achète
un.
Parce qu’à cette époque
là vous ne connaissiez pas le Mélotron ?
Si si, mais ce modèle multi-bandes non. Alors je vais là
bas et le gars m’explique qu’il a une chambre d’écho
naturel, un truc fabuleux. Alors j’ai pris mon mètre,
j’ai pris toutes les mesures, c’était une pièce
en béton, et j’ai recréé exactement la
même pièce dans l’immeuble à coté
du studio, à 200 mètres d’ici. C’est câblé
par les caves. Donc c’est ça, pour moi il n’y
a qu’une voix qui fonctionne, c’est la voix naturelle,
et ça a permis de rattraper beaucoup de choses sur les voix,
ce que je ne pouvais pas faire ici avec juste le studio.
On peut donc dire que votre studio était
à la pointe ?
Pas à la pointe, mais quand les autres étaient en
2 pistes moi j’étais en 3. Quand ils étaient
en 4 pistes moi j’étais en 8. Et comme ça jusqu’en
32 pistes, parce qu’après je considère que ça
n’apporte plus grand choses. Si vous vous en sortez pas sur
un 32 pistes c’est qu’il y a un problème. La
technologie ne sert qu’a rendre les choses plus parfaites,
mais ça ne me plait pas.
D’ailleurs beaucoup d’artistes
parmis les plus créatifs actuellement reviennent aux instruments
d’entant…
Mais bien sur, on revient à la base. Comment voulez vous
faire avec un truc numérique… vous lui donnez de l’âme
il ne vous rend rien ! Il vous rend un truc aseptisé, clinique.
A 14 ans j’avais mon magnétophone 9.5, j’avais
acheté un micro à cristal à 20 francs, un son
super, le piano avait un son de bœuf. Et puis un jour je me
dis faut quand même que j’achète un truc «
mieux ». J’achète un mélodium à
ruban micro dynamique… et j’avais plus de son du tout
! Mais je suis jamais revenu au micro à cristal. Donc le
jour où vous passez au numérique vous ne reviendrez
jamais à l’analogue. Moralité je ne passe pas
au numérique !
Je bosse avec un jeune qui fait tout avec l’informatique.
Il me dit mais comment tu fais pour couper des mesures ? Et bien
je coupe la bande avec des ciseaux ! C’est une autre culture.
Lui il aurait trop peur de le faire. Avec l’informatique rien
n‘est définitif. Il y a toujours la touche undo. On
peut toujours tâtonner. Moi j’ai pas le droit, si je
fais une coupe elle doit être bonne. J’ai toujours pris
des risques à ce niveau là.
Et quand est ce que vous avez commencé
à utiliser le sample ?
A partir du moment où les musiciens ont commencé à
m’ennuyer !! (rires) C’était pendant le disque
de Bernard Menez « Jolie Poupée ». J’avais
convoqué la rythmique pour deux séances, de 9h à
16h30. Et à 12h les mecs me disent qu’ils ont une pub
à faire l’après midi et qu’il ne pourront
pas venir. Je leur ai dit aller vous faire en*****. J’avais
acheté du matos, je l’ai branché je savais même
pas comment ça marchait, et après j’ai plus
arrêté. C’est là que j’ai commencé
à acheter des samplers.
Parlez nous des sessions d’illustrations
musicales, notamment chez Telemusic, avec des artistes comme Guy
Pedersen, Raymond Guiot, Pierre Alain dahan… Ils se dégage
une sorte de folie, de créativité et de liberté
de ces sessions, était-ce le cas ?
Absolument. Roger Tokarz, qui dirigeait Telemusic, me prenait une
journée par mois. Et dans cette journée je mettai
une bande et je la laissait tourner, je prenais même pas le
son, je m’installai au piano et voilà. C’est
ce qui me faisait vivre à cet époque là. Entre
deux séances je créais des jingles, dont certains
me font vivre encore maintenant (« choisissez bien ! choisissez
But ! » c’est lui. Les lecteurs français comprendront…).
Aviez vous l’impression de faire de
la musique en avance sur son temps ?
Absolument pas. C’était naturel. J’ai toujours
essayé d’aller au public, et non pas vers les médias.
La différence avec maintenant c’est que maintenant
on doit aller vers les médias. Le seul but c’était
de faire quelque chose qui touche le cœur des gens. Y avait
pas d’histoire de modes, de tempo, le pied qui devait être
comme ça… c’était pour les gens. Je n’ai
jamais succombé aux sirènes de la mode, et à
chaque fois que je l’ai fait je me suis planté, c’était
pas naturel. La seule fois où j’ai fait un truc pour
moi c’était La Formule…
Qu’est ce que vous pensez de la musique
à base de samples, de la musique électronique actuelle
?
Je suis un fan de techno et de rap. Déjà parce que
je sais pas le faire. Je trouve extraordinaire de faire avec rien
un truc extraordinaire, juste avec une boucle simple. Quand on entend
dans la rue les voitures qui passent et le Poum Tchac, ça
embarque…
Et qu’est ce vous ressentez de vous
faire sampler (les Chemical Brothers ont samplé Estardy sur
leur dernier album)?
C’est drôle de se faire sampler. J’ai même
été payé, pourtant j’aurais jamais trouvé.
Personnellement j’ai utilisé un sample de Count Basie,
mais juste sur une pêche, c’est pas reconnaissable mais
ça fait toute la différence. C’est un son qui
n’existe plus. Si vous le mettez dans une bande vous n’entendez
plus que lui.
Propos recueillis par Bobwall et Fisherman
Price
Photos par Fisherman Price
Un grand merci à DJ Peeer pour la
connection.